Focus 2026: Meriem Bennani

Visions du Réel est ravi de dédier un focus à l’artiste marocaine Meriem Bennani, à l’occasion de la première suisse de son film Bouchra, co-réalisé par Orian Barki. L’artiste évoquera sa pratique lors d’une conversation publique avec l’artiste et cinéaste Valentin Noujaïm le vendredi 24 avril, tandis que ses films et œuvres vidéo seront présentés en parallèle.

Plasticienne et vidéaste, Meriem Bennani est connue pour ses installations artistiques et ses projets hybrides qui associent avec humour les références à la pop culture mondialisée et la représentation de l’histoire et de la culture maghrébine. Figure clé de sa génération, l’artiste marocaine compte à son actif un grand nombre d’expositions dans des lieux prestigieux, à l’instar du MoMA PS1, le Whitney Museum of American Art, la Fondation Louis Vuitton ou, plus récemment encore, la Fondazione Prada. Aussi originaux que singuliers, ses films disruptent les schémas narratifs linéaires et mettent en scène des protagonistes dans de nouveaux imaginaires.


Après s’être illustrée pour ses sculptures et installations immersives, Meriem Bennani a utilisé le médium de la vidéo pour réaliser plusieurs œuvres abordant les questions de l’exil, de la migration et du sens de la communauté. Sa démarche cinématographique porte un regard sur notre société moderne et ses identités complexes, les enjeux liés aux questions de genre et l’omniprésence des technologies numériques. En recourant à la duplication ou même au concept du remix, Bennani conjugue humour et critique afin d’explorer la force politique du vivre ensemble tout en mettant en évidence les rapports de pouvoir propres à nos sociétés hyperconnectées. Imprégnés par la pop culture, les films de Bennani basculent aisément du clip à l’animation, en passant par le found footage ou la prise de vue réelle pour détourner les récits dominants et les ouvrir vers de nouvelles formes narratives, souvent idiosyncrasiques et empreintes d’absurde.

Pendant le confinement, en 2020, Meriem Bennani s’est associée à la cinéaste Orian Barki pour créer 2 Lizards, une mini-série de huit épisodes dans lesquels deux lézards anthropomorphisés errent dans un New York confiné. Diffusée sur Instagram, cette fable adopte une forme plurielle qui entremêle animation 3D et séquences en prises de vue réelles pour capturer au mieux l’atmosphère propre au confinement, de l’apathie générale à l’anxiété diffuse en passant par la protestation solidaire. Amorcée en 2018 et achevée en 2022, Life on the Caps: Trilogy in Single Channel est une trilogie qui met en scène Fiona, un crocodile en CGI et résidente de CAPS, une île fictive nichée au milieu de l’océan Atlantique où la téléportation a remplacé les voyages aériens. En prenant appui sur les techniques d’animation et la prise de vue réelle, Meriem Bennani construit un univers dystopique où l’État rend capti·f·ve·s les migrant·e·s qui se téléportent illégalement pour tenter de fuir le monde des CAPS, offrant une autre représentation de l’immigration à rebours des discours médiatiques hégémoniques et régulièrement misérabilistes.

En 2025, Meriem Bennani coréalise avec Orian Barki son premier long métrage Bouchra, dont la bande originale a par ailleurs été composée par l’artiste Flavien Berger. Fidèle à l’univers des deux cinéastes, le film mêle animation 3D, anthropomorphisme et matériau documentaire pour créer un monde surréaliste et coloré, à la lisière du jeu vidéo. On y suit Bouchra, coyote-cinéaste marocaine installée à New York, qui questionne l’impact de son homosexualité sur sa mère Aicha, cardiologue à Casablanca. À travers cette œuvre hybride, entre autobiographie et fiction, les cinéastes explorent avec tendresse les cultures queer et la complexité des relations mère-fille.

À côté de son activité cinématographique, Meriem Bennani a également signé plusieurs installations artistiques, qui se sont rapidement fait remarquer par le public et la critique, à l’image de la récente Sole Crushing. Présentée à la Fondazione Prada, dans le cadre de l’exposition For my Best Family entre 2024 et 2025, cette installation rassemble près de deux-cents paires de tongs et de claquettes qui interprètent une pièce musicale à mi-chemin entre la symphonie et le soulèvement populaire, explorant les questions du vivre ensemble et de la place de l’individu dans la collectivité.

Meriem Bennani est née en 1988 à Rabat, au Maroc. Aujourd’hui, elle vit et travaille à New York. Elle est titulaire d’un BFA de la Cooper Union à New York et d’un Master de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs à Paris.

Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions monographiques et a notamment été présenté au Whitney Museum, MoMA PS1, The Guggenheim Museum, la Fondation Louis Vuitton à Paris, Nottingham Contemporary, Renaissance Society à Chicago et Kamel Lazaar Foundation à Tunis.

Les œuvres de Meriem Bennani se trouvent dans les collections de Lafayette Anticipations ; du Guggenheim Museum, New York ; du Museum of Modern Art, New York ; du Whitney Museum of American Art, New York ; de la fondation Kadist, Paris ; et du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

Sélection 2026