Contes et luttes de printemps
Quelqu’un le disait l’autre jour, Visions du Réel est le Festival du printemps. Lorsque le temps s’adoucit, quelques fleurs surgissent, et avec elles la sensation indescriptible de pouvoir se réjouir sans savoir exactement pourquoi. C’est dans cette lumière singulière et réjouissante que se tient invariablement le Festival, avec ses projections, les débats qu’elles suscitent, la Place du Réel et la joie simple de se retrouver.
Parallèlement bien sûr, le Festival fait également écho, par sa programmation même, au monde qui l’entoure et se tient ainsi dans ce champ parfois discordant d’allégresse et de récits difficiles. Un an après la dernière édition, nous préparons le Festival dans un contexte global qui paraît plus incertain et trouble encore qu’en 2025. Face à cette énergie disruptive, la culture et le cinéma ménagent des espaces essentiels de résistance, d’expressions sensibles et subjectives de réels multiples, pour résister au langage trivial de la domination et tenter de rapprocher les vies et les êtres.
La sélection officielle 2026 de Visions du Réel – quelque 160 films sélectionnés parmi les 3700 inscriptions – ainsi que les invité·e·s du festival, témoignent de cette endurance et de cette vigueur visuelles, formelles et narratives. Ancré dans la fiction, le travail de Kelly Reichardt, Invitée d’honneur 2026, flirte avec le (cinéma du) réel à de nombreux égards. Par son attention aux gestes quotidiens, aux lieux et aux marginalités, la cinéaste étasunienne transforme la fiction en un outil d’observation sensible et éthique du monde. À ces côtés, l’œuvre de Sergei Loznitsa, Invité spécial de cette édition, déploie un cinéma d’une grande rigueur formelle, souvent nourri d’archives, qui scrute l’Histoire post-soviétique en train de s’écrire et les traces qu’elle laisse dans la mémoire collective, tandis que la réalisatrice Laura Poitras, Invitée de l’Industry et de la Cérémonie d’ouverture, investigue les systèmes d’oppression des États-Unis et chronique avec endurance les bouleversements qui traversent nos sociétés. Chez la plasticienne et vidéaste Meriem Bennani enfin, auquel le Festival dédie un focus, les références à la pop culture mondialisée rencontrent avec humour l’Histoire et les imaginaires maghrébins dans des installations et des films hybrides. Autant de démarches —parmi toutes celles qui composent la sélection officielle— qui rappellent que le cinéma est fait de gestes sourds ou éclatants, d’histoires et d’aventures visuelles, pour que dans l’obscurité des salles, des récits s’entrelacent et des êtres s’appréhendent, à l’ombre de l’empathie et de l’émotion. En route pour cette édition 2026!
Philippe Bischof, Président du Conseil de fondation
Emilie Bujès, Directrice artistique
Mélanie Courvoisier, Directrice administrative et opérationnelle